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ReportageDe la rivière glaciaire Teklanika jusqu’à l’imposant massif de Denali, en passant par la ville fantôme de Kennicott, cet Etat américain encore sauvage mérite bien son surnom de « dernière frontière ».

Utqiagvik, sous le cercle polaire, à la pointe extrême nord de l’Alaska à la fin juin, quand le soleil ne se couche jamais. Sur la place du village, ne sont présents qu’une poignée de touristes venus partager avec les Inupiat, ou Esquimaux, les fêtes de la pêche à la baleine. Pas de route, un seul hôtel baptisé « Toit du monde », aucun ours polaire en vue sur la banquise fondante, mais un plongeon dans les eaux glacées de l’Arctique (– 4 °C) en guise de bizutage.

Et surtout, une vraie fête avec les Native Americans, qui partagent les baleines boréales chassées au printemps sous toutes les formes (crue, marinée, en ragoût), dansent et s’envoient dans les airs avec une immense toile de peau de phoque. Expérience hors du commun, authentique, qui ne confine ni au voyeurisme ni au misérabilisme, comme c’est si souvent le cas.

Le voyage en Alaska, c’est une initiation vers la « dernière frontière », comme les Américains surnomment l’Etat, dans un territoire grand comme trois fois la France. En comparaison, le Wyoming, avec les ours et les bisons de Yellowstone si peu farouches, a des airs de jardin anglais. C’est un périple into the Wild, sur les traces de Christopher McCandless, Américain paumé qui s’était enfoncé, à 22 ans, dans la toundra estivale infestée de moustiques sur une quarantaine de kilomètres.

Il y était revenu deux ans plus tard, en 1992, pour y trouver la mort. Coupé de ses arrières par une rivière glacière en crue, la Teklanika, il s’est empoisonné en consommant des baies toxiques. Son autobus rouillé vert et blanc était devenu un lieu de pèlerinage, au point qu’une randonneuse s’est noyée là-bas en 2019. Alors, au printemps 2020, les autorités ont fait hélitreuiller le véhicule. On l’a retrouvé en voie de muséification à l’université de Fairbanks, au Musée du Nord, qui retrace admirablement l’histoire de l’Alaska.

Non loin de ce lieu de pèlerinage, les randonneurs iront, eux, admirer le mont Denali, point culminant d’Amérique du Nord (6 190 mètres). Mais il faut savoir accepter les caprices de la nature. A Denali, l’humain est tout juste toléré. Les voitures individuelles ont été proscrites depuis des décennies. On ne voyage qu’à pied, en campant, ou avec des autobus sur une route non bitumée.

Un pays inaccessible

On franchit les rivières glacières, grossies par la fonte des glaciers, dont la Teklanika qui fut funeste à Chris McCandless. On chemine sur une route héroïque lorsque, au bout d’une centaine de kilomètres, en arrivant à destination, on observe… le brouillard. C’est alors que le guide sort une photographie, qui vous montre l’imposant massif de Denali qu’on aurait rêvé d’admirer. Ainsi va l’Alaska : tous ne verront pas Denali, soumis aux caprices de la météorologie, d’autant que la route à flanc de montagne s’est affaissée à l’été 2021 et reste pour l’instant fermée, en attendant que le service des parcs nationaux construise un pont.

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